Marco Bertolini répond à quelques questions à propos du Digital Learning.

Bonjour Marco Bertolini, pouvez-vous nous expliquer en quelques mots votre parcours dans le Digital Learning ? 

CQM_5610-web.jpgJ'ai commencé à utiliser le blended learning il y a cinq ans.  J'animais des ateliers du type "Apprendre à Apprendre" pour des adolescents et ceux-ci se divisaient en une journée en présentiel et des ressources en ligne.
J'anime aussi depuis un peu plus de 3 ans une formation en blended learning pour la formation des formateurs du Forem, de l'IFAPME et de Bruxelles-Formation.  C'est une formation en mindmapping qui allie une journée en présentiel et de l'auformation avec des vidéos en ligne.

J'ai également conçu et animé un atelier mindmapping pour le MOOC ITyPA3 ce qui m'a donné l'idée de créer un site web dédié à la formation en ligne Spoc en Stock, qui est un clin d'oeil à Coke en Stock, le 19e album de Tintin.  Les SPOC (Small Private Online Courses) s'inspirent largement de la méthodologie des MOOC mais visent des petits groupes pour assurer un accompagnement de qualité.

Aujourd'hui, j'aide des écoles, des entreprises privées et des particuliers à concevoir, réaliser et mettre en ligne leurs formations.  Je suis intervenu dans une trentaine d'écoles de la Communauté Française cette année académique pour former les instituteurs et enseignants du secondaire à l'utilisation du numérique en classe.  Ici aussi, il s'agit de blended learning, (deux jours en présentiel et 3 mois en ligne).

Je ne fais plus aucune formation en présentiel "pur" : il s'agit toujours de présentiel digital.  J'utilise des ressources locales (papier, crayon, mime, etc.) mais j'introduis aussi des applications numériques ludiques et ou participatives, etc.

En ligne, j'essaie de reconstituer l'esprit ludique et coopératif que j'ai instauré dans mes formations en présentiel.  J'expérimente avec des outils divers comme Padlet, le wiki, etc.  Je dois dire qu'à ce titre, le fil de discussion de MySkillCamp est une vraie réussite.   Les échanges dans nos formations sont plus intenses, plus riches et plus nombreux depuis que nous utilisons ce fil.  Y compris dans les séquences d'apprentissage, pour susciter le débat autour d'une thématique.  Par exemple, j'ai lancé une discussion sur les "biais cognitifs" dans une formation de formateurs et j'ai été impressionné par la richesse et la qualité des échanges.  J'ai aussi expérimenté le sondage à la fin de chaque étape du parcours pour avoir un feedback des apprenants.  Je leur demande à chaque fois ce qu'ils pensent de l'étape, ce qu'elle leur a apporté, ce que nous pourrions faire pour l'améliorer.  Et nous avons de vraies réponses, avec des avis nuancés et des suggestions exploitables pour une prochaine session.

Pour vous, le digital est-il déjà bien en place dans la société d'aujourd'hui ?

Je dirais même que c’est la société qui baigne dans le digital. Mais de façon de plus en plus subtile. Ce que nous appelons des “smartphones” sont en réalité de puissants ordinateurs connectés en permanence. Et je ne parle même pas des montres connectées, du chauffage central qu’on peut activer à distance, de l’informatique embarquée des véhicules qui seront bientôt des ordinateurs sur roues...

Avec le développement des objets connectés, l’interpénétration entre le réel et le virtuel disparaîtra complètement. Les deux modes seront parfaitement imbriqués et il deviendra de plus en plus difficile de dire si l’on travaille dans l’un ou dans l’autre.

Donc oui, le digital est partout. Sauf dans certaines entreprises qui considèrent qu’il sera encore temps de prendre le train demain. Elles ne se rendent pas compte que le train est en train de leur passer sous le nez. Elles le paieront sans doute cash avant longtemps...

Comment pourrions-nous encore améliorer la transformation numérique ? 

Les jeunes sont encore plus imprégnés du monde digital que les adultes. Mais leurs compétences ne sont pas forcément celles demandées en entreprise.
Il faut donc un travail d’adaptation de la part des entreprises et de formation à destination des jeunes (et des moins jeunes) pour tirer parti de tout le potentiel du numérique.

Aujourd’hui, les écoles et les entreprises ont encore trop tendance à utiliser le numérique avec des conceptions et pour des tâches qui appartiennent au monde « d’avant le digital ». Le défi, maintenant, c’est d’inventer de nouveaux modes de travail et de production qui tirent le maximum du potentiel numérique.

La formation constitue donc une des clés de cette évolution. Mais il faut que la formation, elle aussi, s’adapte et tire le meilleur parti de la révolution numérique. Notamment, en proposant des parcours flexibles, personnalisés, facilement adaptables pour suivre les évolutions rapides du monde qui nous entoure. Pour les entreprises, la formation est un vrai défi.

Vous utilisez le Digital Learning depuis un certain temps, avez-vous quelques trucs que vous pourriez partager avec notre communauté ? 

La première chose à garder à l’esprit, c’est que le digital n’est qu’un moyen, pas une fin. L’objectif reste que « les apprenants apprennent ». Il faut donc utiliser les outils de façon à ce qu’ils deviennent invisibles.  
Un exemple : les gens qui chattent avec leurs amis sur Facebook n’ont plus la perception qu’ils utilisent un outil technologique sophistiqué. Pour eux, c’est un moyen « naturel » d’échanger avec des gens qui leur ressemblent. La technologie éducative doit viser le même objectif : devenir simple, « transparente », pour que les apprenants se concentrent sur ce qu’ils doivent apprendre et non pas sur les moyens technologiques mis à leur disposition.

J’utilise de plus en plus le fil de discussion pour poser des questions au milieu d’un module ou d’une étape. Pour effectuer des sondages. Pour faire de l’évaluation par les pairs. Et cela génère des échanges d’une grande richesse.

Encore une fois parce que, quand l’outil est simple, il disparaît face à la fonction qui est l’échange entre gens qui désirent apprendre les mêmes choses. Et qui apprennent les uns des autres. C’est une façon de briser le terrible isolement des apprenants derrière leur ordinateur.   Et une façon agréable pour tout le monde de lutter contre le taux d’abandon dans la formation en ligne.
J’utilise aussi l’enregistrement de la voix pour donner du feedback aux participants de nos formations en ligne. Cela ne prend pas plus de temps que d’écrire son évaluation, mais ça humanise. Ça donne plus de présence, de consistance au retour.

Le Digital Learning est-il pour vous un bon moyen pour démarrer la transformation numérique des entreprises ? 

Pour moi, c’est le meilleur moyen de démarrer la transformation numérique des entreprises. Vouloir commencer par le service « ventes » ou « informatique » n’a pas de sens.

Pourquoi ? Parce que la transformation numérique va impliquer tout le monde dans l’entreprise, elle va remettre en question le fonctionnement général des services, favoriser la mise à plat et la communication entre les divers départements.

Il faut donc que chacun se sente concerné.   La meilleure façon pour que tous les collaborateurs se sentent concerné par la transformation numérique, c’est de les y associer en fournissant la même information et la même formation à tout le monde. Mais en même temps, une formation commune qui puisse évoluer très vite vers les objectifs spécifiques de chacun. Pour que chacun trouve sa place dans un ensemble cohérent. Plus facile à dire qu’à faire.

A votre avis, comment le Digital Learning peut améliorer l'esprit de co-création ? 

C’est sans doute un des points les plus difficiles : faire collaborer les apprenants à une co-création à distance.
Pour cela, il faut un véritable objectif commun : je ne crois pas au dogme du type « il faut que les apprenants collaborent ». Je travaille avec un public adulte, qui travaille, qui n’a pas le temps de faire joujou avec des concepts inutiles.  

Il faut donc choisir un projet commun qui apporte du sens au travail du groupe. Ensuite, les outils du type fil de discussion, wiki (écriture collaborative) ; carte mentale collaborative en temps réel, classe virtuelle sont des moyens puissants de susciter et de maintenir la co-création.

Mais il faut une fois de plus que le formateur joue le jeu : qu’il suscite l’échange, qu’il encourage, qu’il soit là pour soutenir, mais qu’il puisse s’effacer aussi par moments.   Par exemple, j’assiste parfois à des classes virtuelles qui ne sont en réalité que des « cours ex cathedra » filmés en live. Ça n’a aucun intérêt.

La classe virtuelle offre un véritable potentiel d’échange avec la possibilité de se voir, de se parler en direct, de partager l’écran, d’échanger des ressources, le tout en temps réel.  

Le Digital Learning fonctionnera comme créateur d’esprit de co-création si le formateur se transforme en « animateur » de la création collective. Que s’il abandonne la posture de « professeur » pour adopter celle du « leader bienveillant » qui encourage la participation de tous et de chacun vers un but commun.

Mots clés : digital learning, Transformation Digitale, Transformer l'apprentissage

Chief Operating Officer En charge de la gestion de l'entreprise et du management des équipes, Amandine est votre interlocutrice privilégiée pour vous conseiller et orienter votre projet de formation. En fonction de vos besoins ou de la nature de votre projet, vous serez mis en relation avec l'un de nos experts.