Réforme de la formation professionnelle 2018 : que faut-il en retenir ?

 

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En ce début de mars 2018, une réforme « big bang » est sur toutes les lèvres : celle de la formation professionnelle, annoncée par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. Une nouvelle liberté de décision des apprenants, un nouveau fonctionnement du CPF et des OPCA… Revenons ensemble sur les principaux changements à venir pour le système français de la formation professionnelle.

Une volonté de changer profondément la formation 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, la ministre insiste sur la nécessité de changer le système de formation dans les années à venir. Compte tenu du contexte actuel, bercé par l’impact des nouvelles technologies et du numérique, la formation doit impérativement évoluer.

En effet, étant donné que les métiers évoluent de plus en plus vite, il devient primordial de placer la compétence en plein coeur des priorités : « La compétence, c’est la première protection contre le chômage, le moyen de choisir librement sa vie professionnelle et aussi un investissement majeur pour faire progresser, réussir les salariés, et donc les entreprises. Et donc, la compétence, c’est à la fois la clé de la compétitivité et de l’émancipation sociale ».

Pourquoi faut-il transformer la formation ? 

À cette question, Muriel Pénicaud répond que le système de formation actuel « n’est pas juste (il aggrave les inégalités des chances ouvriers/cadres,  TPE, PME/ grandes entreprises…), et n’est pas à la hauteur des enjeux futurs ». Elle insiste sur ce dernier point : « avec les révolutions technologiques qui s’annoncent, investir massivement et qualitativement dans la formation est impératif pour soutenir notre croissance ». Il est vrai qu’un manque de compétences ou une obsolescence de qualifications ne permettra pas de créer de nouveaux emplois ou d’assurer une employabilité constante chez tous les salariés dans les prochaines années. Pour preuve, on estime que 10 à 20 % des emplois d’aujourd’hui sont menacés de disparition et que 50 % seront transformés dans les dix années à venir.

Quels sont donc les nouveaux enjeux ? Ne pas subir les changements mais prendre le virage technologique actuel en soutenant les TPE/PME, en donnant la liberté aux entreprises comme à leurs salariés, de bâtir leurs propres enjeux professionnels et protéger les plus vulnérables en les formant régulièrement.

C’est l’équivalent de 12 mesures gouvernementales qui ont été proposées dans ce sens afin de soutenir et d’impulser de nouveaux changements dans le secteur de la formation professionnelle en France. 

Nous n’allons pas entrer dans le détail des douze mesures gouvernementales mais voici ce qu’il faut en retenir dans les grandes lignes.

Un compte professionnel de formation (CPF) crédité en euros 

Chaque année, le service formation/RH a l’obligation de répartir et mettre à disposition les heures de formation cumulées par l’ensemble de ses salariés. La réforme prévoit de laisser une grande part d’autonomie aux collaborateurs en transformant le CPF en pécule financier plutôt qu’en pécule horaire : « le CPF est un droit personnel, garanti collectivement ». De cette façon, chacun aura la possibilité et la liberté de choisir la formation qualifiante ou certifiante dont il a besoin.

Ainsi, les profils qualifiés se verront attribuer la somme de 500 euros par an (dans la limite de 5000 euros, soit dix ans d’activité salariale) et les profils moins ou peu qualifiés bénéficieront d’un droit majoré à hauteur de 800 euros par an (soit 8000 euros) afin de pouvoir plus facilement développer ou changer de carrière, évoluer… Concernant les formations plus longues qui requièrent davantage de crédits, une enveloppe de fonds sera disponible « sous réserve d’une prestation de positionnement personnalisé pour adapter la durée de la formation aux besoins de l’individu »

Pourquoi des euros et plus des heures ? Tout simplement car le gouvernement estime que des euros seront plus concrets et plus transparents pour accéder à tout type de formation (les formations en ligne notamment). Cela visera également à réduire l’écart entre les ouvriers et les cadres dans l’accès aux formations.

Remettre la formation dans les mains des collaborateurs

L’un des enjeux de cette réforme, c’est bien évidemment de rendre accessible la formation avec un dispositif plus « flexible » et plus simple. Chaque salarié pourra ainsi choisir lui-même ses formations, sans qu'une liste restrictive ne lui soit imposée, et cela, en toute autonomie. En procédant de la sorte, la ministre souhaite rapprocher les collaborateurs des organismes de formation en limitant au maximum les intermédiaires RH/service formation.

Et dans la pratique ? Le gouvernement lancera une application mobile dédiée avec laquelle chaque salarié pourra librement accéder à ses droits disponibles, aux formations diplômantes ou certifiantes proposées, aux dates de session, au taux de succès ou de réinsertion à l’issue de la formation, un comparateur de prix et d’offres, des commentaires ou avis laissés par d’autres salariés… La fonctionnalité la plus importante reste évidemment celle-ci : « à l’aide de cette application, le collaborateur pourra s’inscrire directement aux formations, sans aucun intermédiaire ou validation administrative, et payer soi-même en utilisant les crédits disponibles sur son CPF. »

Un accompagnement de carrière renforcé

Individualiser la formation ne signifie pas isoler et laisser les salariés seuls face à leur choix de carrière. L’idée est bien sûr de renforcer l’accompagnement pour permettre à chacun « d’être éclairé dans son choix et pouvoir le faire en toute connaissance de cause ». La fonction du conseil en évolution professionnelle (CEP) sera elle aussi redoublée, puisque chaque région en possédera un. Ce droit collectif et gratuit pour tous les salariés permettra d'évaluer les compétences et d’orienter individuellement tout au long de la carrière professionnelle (définition du projet, aide au choix…).

Un plan de formation simplifié

A ce jour, les entreprises doivent respecter une réglementation complexe (actions d’adaptation au poste de travail ou de développement des compétences, période de professionnalisation…). Ces catégories seront supprimées. Cependant, chaque employeur aura l’obligation d’adapter les salariés au poste de travail et de veiller à leur employabilité actuelle et future.

Gouvernance et financement

Il s’agit avant tout de simplifier le système. Des opérateurs de compétences remplaceront les OPCA ou OCTA, qui verront à nouveau leurs missions évoluer et leur périmètre se réduire. Une agence nationale « France Compétences » remplacera les trois instances actuelles. Elle s’occupera, entre autres, de la qualité avec un mécanisme de certifications, tiendra un observatoire sur différents sujets (dont les prix des formations), etc.

 

Au vu du bouleversement que cette réforme implique, ces changements devront être mis en place  certes rapidement mais surtout progressivement. En simplifiant le système actuel, le gouvernement français s’engage à ne pas imposer sa complexité aux principaux intéressés : les salariés. Bien au contraire, il promet d’offrir une véritable opportunité pour développer la compétence dans les années qui viennent.

Pour visionner la conférence de presse dans sa globalité, cliquez ici

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